Interview Simon Fourcade : pourquoi porte-t-il sa montre à l’envers ?

Simon Fourcade Polar V800
 

L’hiver approchant, je poursuis mes interviews avec un sportif de haut niveau qui officie dans une discipline totalement différente : le biathlon. C’est Simon Fourcade, pour qui la saison 2018 commencera le 26 novembre à Östersund (Suède), qui s’est prêté au jeu de mes questions très orientées montre GPS.

Dans sa discipline, Simon Fourcade, c’est quand même : 1 petit globe de cristal en individuel, 31 podiums en coupe du monde, 4 médailles en championnat du monde et 3 participations aux Jeux olympiques. Je vous laisse imaginer les heures d’entrainement qu’il y a derrière.

Comme les autres, il va nous parler de sa montre cardio GPS et de la façon dont il l’utilise.

 

Jérôme : Quelle montre est-ce que tu utilises ? Pourquoi avoir choisi cette marque ?

Simon : J’utilise une Polar V800. Je suis passé par 2 marques, Polar puis Suunto, parce que la fédération était en partenariat avec Suunto et je suis revenu à Polar.

 

Jérôme : J’ai remarqué sur toutes les photos que j’ai trouvées, que tu la portes à l’envers, avec l’écran à l’intérieur du poignet, pourquoi ?

Simon : Ahah, tu es observateur. Je la porte à l’envers tout simplement parce que c’est plus facile pour moi de regarder l’écran quand la montre est sur l’intérieur du poignet, simplement en pivotant la tête, quand je ramène mes bâtons devant, que si elle est de l’autre côté (la manière normale). En tournant la main pour venir chercher l’information, que ça soit mon temps d’effort, mes pulsations cardiaques ou le dénivelé parcouru, on se rend compte que le bâton va faire un grand mouvement sur le côté. Alors que là, en l’ayant sur l’intérieur du poignet, je peux le faire plus naturellement dans mon mouvement, juste en pivotant la tête pour venir chercher l’information, plutôt que d’amener le bâton et perdre un mouvement de bras.

Il y a une autre raison à cela. C’est que quand j’arrive au tir, la montre forme une excroissance au niveau du poignet et quand on fait des manipulations avec la carabine, notamment pour l’enlever du dos quand on arrive au tir, l’élastique du portage qu’on a dans le dos a tendance à s’accrocher et c’est un peu gênant. Du coup, c’est la configuration que j’ai trouvé pour que ça ne me gêne pas  pour enlever la carabine.

Voilà, c’est plus pratique pour ma discipline. Ensuite, c’est quelque chose que j’ai gardé pour mes séances de course à pied. Y a juste en vélo où c’est plus chiant…

 

Jérôme : Es-tu un « early adopter », quand as-tu commencé à utiliser une montre cardio GPS ?

Simon : J’ai commencé par Polar, au tout début, quand j’ai commencé le biathlon. Les entraineurs nous demandent souvent d’utiliser une montre cardio pour avoir les pulsations et pour appendre à corréler nos sensations avec des données un peu plus tangibles. C’est vrai que les données qu’on a pour monter dans les tours, c’est le cardio fréquencemètre. Donc j’ai commencé à utiliser un cardio à 11-12 ans. Un truc de base, qui affichait le chrono et le cardio/minute. Ensuite j’ai utilisé une Suunto, mais j’ai pas du tout accroché. Je trouvais que les boutons étaient très durs à actionner et j’avais du mal à l’utiliser. A un tel point que j’en étais venu à ne plus l’utiliser. Puis je suis repassé sur Polar, parce que je trouvais qu’il y avait beaucoup de fonctionnalités qui me permettaient d’analyser mes séances sans rentrer dans le gadget.

 

Jérôme : Qu’est-ce que tu adores sur ta montre ?

Simon : Je la trouve super ergonomique. Avec les dernières montres GPS, on a souvent l’impression d’avoir un ordinateur au poignet. Et dans la recherche d’ergonomie, j’ai trouvé la V800 plus sympa à utiliser. Je trouve que les boutons sont très faciles à actionner. J’ai jamais rencontré de problème avec la connexion cardio-montre, c’est ultra fiable. Et ensuite, y a pas de gadget. Je cherchais un truc simple à utiliser, mon frère avait une V800. C’était à l’époque où j’utilisais plus de montre du tout, à part un chronomètre on ne peut plus basique, parce que je trouvais que les montres étaient devenues trop complexes et ça ne me correspondait plus. Et quand j’ai vu mon frère l’utiliser, j’ai vu qu’elle était ergonomique, simple. Je l’ai essayée et je m’en suis procuré une par la suite.

 

Jérôme : Quel est le défaut qui pourrait t’en faire changer ?

Simon : Rien, elle fait ce qui m’intéresse.

 

Jérôme : Est-ce que pour toi c’est un élément important de ton matériel ?

Simon : J’utilise un cardio fréquencemètre à tous les entrainements. J’utilise les données pour remplir mon carnet d’entrainement, savoir combien j’ai fait de kilomètres, pour le dénivelé, pour savoir si je respecte bien mes allures et mes intensités. Pas plus tard que ce matin, j’ai fait une séance intense au seuil de 40 minutes. C’est quand même plaisant après coup de pouvoir analyser la courbe.

 

Jérôme : A quoi est-ce qu’elle te sert pendant les courses ? Est-ce que tu t’y fies vraiment pour adapter ton allure (avec des alarmes) ou est-ce que tu la portes juste pour l’analyse des statistiques ?

Simon : Quand je suis en course, je ne la mets jamais. Je ne mets jamais de montre, car j’ai toujours peur qu’elle s’accroche dans les mouvements de carabine. Le portage qu’on a sur la carabine (les 2 sangles pour la porter dans le dos) est très serré, pour pas que la carabine ballote pendant l’effort. Et en fait, quand je passe la main entre mon corps et l’élastique pour l’enlever du dos, ça a tendance à s’accrocher avec la montre. Je connais peu de biathlètes qui courent avec une montre.

Et j’aime bien en course laisser parler le naturel. Ca va peut-être pas plaire aux cyclistes qui utilisent des capteurs de puissance (parce qu’avec des capteurs de puissance on a moyen de vraiment gérer son effort), mais j’ai envie de dire que quand je me sens en capacité de mettre un sac, j’ai pas envie de regarder mon cardio pour savoir si je suis trop haut en pulse.

On pourrait se le permettre, dans les descentes, en récupération. C’est des moments où on pourrait prendre des données, voir si on est bien redescendu avant de rattaquer la côte suivante. Je l’ai eu fait, ça n’a pas été de mauvaises expériences, j’ai fait de très bonnes courses en les gérant au cardio fréquencemètre. Mais c’est vrai que c’est pas ce que je préfère, j’aime bien laisser parler le naturel. Je me prépare toute l’année pour un évènement donc c’est bien de le gérer seul.

 

Jérôme : Quelles sont les données affichées sur ton écran principal ?

Simon : Sur mon écran principal, j’ai que 2 données : les pulsations cardiaques et mon temps d’effort. Ensuite, sur les autres écrans (j’en ai 3), j’ai le dénivelé positif, l’altitude, le nombre de kilomètres et les temps au tour pour quand je fais des séances d’intervalles.

 

Jérôme : Est-ce que tu programmes des alarmes, des tours automatiques ou autre ?

Simon : Je programme pas grand-chose, j’utilise les temps au tour mais c’est tout.

 

Jérôme : En dehors de la vitesse et du cardio, quelles fonctions sont importantes pour ta pratique ?

Simon : La vitesse, je ne l’ai pas, parce que ça ne parle pas beaucoup en biathlon. Ca dépend du revêtement, du type de roues en ski à roulette, de la qualité de la neige, du fart sur les skis, etc. C’est pas quelque chose de super intéressant à connaitre.

 

Jérôme : Est-ce que tu t’en sers pour gérer ta charge d’entrainement ou ta récupération ?

Simon : En fait, ce que je fais sur mon carnet d’entrainement, c’est relativement simple. Je note le type de séance, le moyen d’entrainement (en biathlon on a la chance de pouvoir utiliser plusieurs types de moyen d’entrainement : ski, ski à roulette, vélo, course à pied et musculation). Je note combien de temps je m’entraine. Ensuite je note l’intensité (1, 2, 3), le nombre de kilomètres, le dénivelé. J’ai une case dans laquelle je note la spécificité de la séance (nombre et type d’intervalles, etc).

 

Jérôme : Est-ce que tu l’utilises en dehors de tes courses ? Pour quelle(s) activité(s) ?

Simon : J’utilise la V800 que pour les entrainements. Quand je vais faire un tour de vélo avec ma compagne, je ne la mets pas. Je suis pas un psychopathe.

Je l’utilise quand même un peu plus depuis cette année, parce que j’ai commencé une formation d’entraineur et j’ai trouvé des choses intéressantes comme comment analyser des décrochements de courbe. Je trouve ça assez sympa. Sinon, sur des séances longues à faible intensité, le fait de regarder la montre permet de casser un peu la monotonie (regarder à combien de pulsations on est, est-ce que les sensations correspondent bien aux données mesurées). Mais sur ordinateur, j’analyse uniquement mes séances intenses, pas celles en endurance.

Il y a un truc que j’ai découvert récemment et qui est plutôt ludique, c’est Strava. Je trouve ça vraiment bien foutu, avec l’application, les transferts automatiques. J’ai pas encore publié grand-chose dessus mais je pense que je vais m’y mettre. J’ai fait une sortie en ski roue l’autre fois et j’ai reçu une alerte comme quoi j’avais fait le meilleur temps sur un segment.

 

Jérôme : As-tu déjà essayé une montre avec un cardio optique, pas l’hiver en course, mais peut-être l’été pour les entrainements ? Que penses-tu de cette nouvelle technologie ?

Simon : Non, j’ai jamais essayé. Mais je risque d’en acheter une pour ma compagne.

 

Jérôme : Quel est le pire conseil que tu entends parfois au sujet des entrainements ?

Simon : C’est pas un conseil, mais ce que je trouve dommage, c’est de voir les gens qui vont s’entrainer tout le temps à bloc. Alors que c’est loin d’être le meilleur moyen de s’entrainer. Respecter ses intensités d’entrainement et effectuer des séances longues à faible intensité permet d’améliorer la vascularisation, l’oxygénation des cellules, le volume d’éjection systolique (le volume de sang qui est éjecté par le cœur). Tout ça, on le travaille de manière optimale lorsqu’on fait de la faible intensité. Et dès qu’on passe sur des intensités trop élevées, on a tendance à produire des déchets, à pas optimiser toutes les facteurs que je viens de te citer. Et du coup les gens s’entrainent un peu mal.

Après, je comprends l’envie de faire du sport pour se dépasser mais c’est pas ce que je conseille (faire des séances tout le temps à bloc) à quelqu’un qui veut progresser. Par exemple, quand je vais faire du vélo avec des sportifs amateurs, ben les autres ont souvent envie de me tordre sur la séance. Du coup ils font leur séance à bloc, ce qui n’est pas bénéfique pour eux et moi je suis souvent un peu au-dessus de mes intensités d’entrainement. Et c’est dommageable pour quelqu’un qui a envie d’améliorer son VO2max ou son seuil.

 

Jérôme : On sort du domaine des montres, avec un budget de 100€, qu’est-ce que tu achètes ?

Simon : J’aime bien tout ce qui est photo/vidéo, mais c’est vrai que là, avec 100€, ça va vite être limité. Alors disons un petit objectif photo d’occas sur Leboncoin.

 

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